Qu’est-ce que la neurodivergence ? Le haut potentiel en est-il une forme ? Quid du TDAH et de l’autisme ? Découvrez ce que signifie ce terme, les marqueurs typiques et les défis auxquels sont confrontées les personnes neurodivergentes.
Aucun cerveau ne fonctionne de la même manière. Le terme de neurodivergence se fonde sur un modèle d’explication neurobiologique qui établit que les cerveaux sont de nature structurelle différente. Mais que signifie-t-il exactement ? Pour faire simple, une personne est considérée comme neurodivergente si elle présente des caractéristiques psychiques ou neurobiologiques qui s’écartent de la norme établie. Autrement dit, son cerveau « fonctionne » un peu différemment, ce qui peut modifier la manière dont elle perçoit les choses, sa façon de penser et ses ressentis. Cependant, la neurodivergence n’est pas un système binaire, mais plutôt un spectre dans lequel certaines personnes se reconnaissent davantage que d’autres.
Ce concept ne classe pas ces particularités neurobiologiques en deux catégories : pathologiques et saines. Au contraire, ces caractéristiques différentes sont le reflet d’une diversité naturelle. L’objectif est de favoriser l’acceptation sociale et de repousser les préjugés.
Comment se traduit concrètement la neurodivergence ? Comme elles traitent les informations et les impressions sensorielles différemment des autres, les personnes neurodivergentes perçoivent leur environnement à leur manière. Souvent, et bien qu’elle puisse être difficile, cette condition implique également des compétences et des perspectives particulières. Environ 15 à 20 % des personnes présentent au moins une forme de neurodivergence.
Remarque : le terme « neurodivergent » n’est pas encore très répandu en médecine et est controversé chez certaines et certains spécialistes.
En plus de « neurodiversité » ou « neurodivers », on trouve les termes « neurotypique » et « neurodivergent » :
Bon à savoir : la frontière entre neurodivergent et neurotypique n’est pas clairement définie et tient souvent à la manière dont la société juge une personne. Si cette dernière pense, ressent, parle ou perçoit les choses très différemment de la plupart des autres, c’est donc un critère important. Il en va de même si la motricité, les centres d’intérêt et la capacité d’attention divergent fortement. Dans le même temps, cela ne veut pas dire que les personnes perçues comme neurotypiques ne peuvent pas faire preuve de sensibilité ou d’empathie. La perception, les pensées, les émotions et le ressenti sont propres à chaque personne, qu’elle soit neurodivergente ou neurotypique.
Les signes de la neurodivergence diffèrent en fonction de la forme que prend cette dernière. Les personnes neurodivergentes présentent toutefois quelques caractéristiques similaires :
En dépit de ces caractéristiques parfois difficiles à vivre, les personnes neurodivergentes ont également de nombreux points forts. Elles pensent différemment, résolvent souvent les problèmes de manière originale et identifient rapidement les schémas. En outre, elles apportent de nouvelles idées et perspectives, ce qui profite à la société, puisque différentes façons de penser se complètent et s’enrichissent mutuellement. Certaines personnes neurodivergentes sont également performantes sous la pression du temps et pensent de manière très analytique et précise : des aspects qui peuvent être bénéfiques dans le monde du travail, par exemple.
Important : tout comme il existe des différences chez les personnes neurotypiques, les personnes neurodivergentes sont uniques par leurs forces et leurs traits de caractère. Outre la prédisposition personnelle, l’environnement social et le degré d’encouragement et de soutien sont également déterminants.
Bien que les caractéristiques de la neurodivergence soient similaires chez les femmes et les hommes, les femmes ont toutefois tendance à mieux s’adapter à leur environnement social. C’est ce que l’on appelle le masking, ou camouflage social. Une des raisons possibles tient aux stéréotypes de genre encore très répandus, qui sont inculqués aux enfants dès leur plus jeune âge. Les schémas de pensée et de comportement atypiques sont donc moins souvent remarqués chez les filles et les femmes, ou ne le sont que plus tardivement. Conséquence : elles font moins souvent appel à de l’aide. Cette situation est particulièrement problématique lorsque la neurodivergence s’accompagne d’un trouble entraînant une souffrance psychologique. C’est la raison pour laquelle les femmes ont plus de risque de développer une comorbidité, telle qu’une dépression ou un trouble anxieux.
La neurodivergence n’est pas un tableau clinique à part entière et ne remplace pas un diagnostic médical. Ainsi, le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) a beau être considéré, au sens médical, comme un trouble du développement reconnu, dans le concept de neurodivergence, il est toutefois considéré comme un écart neurobiologique par rapport à la norme établie. La neurodivergence ne signifie pas non plus forcément qu’un examen neurologique révèle des particularités. Certaines personnes neurodivergentes présentent des particularités neurologiques, d’autres non. Il n’y a là aucune contradiction.
Voici quelques exemples de formes de neurodivergence. Cette liste n’est pas exhaustive.
Les personnes atteintes de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité) ou de TSA (trouble du spectre autistique) sont considérées comme neurodivergentes. Le TDAH chez l’adulte et le TDAH chez l’adolescent et l’enfant s’accompagnent de différents symptômes principaux, dont l’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité. Ceux-ci sont plus ou moins prononcés en fonction du type de TDAH.
Les symptômes d’un trouble du spectre autistique varient également en fonction de la forme d’autisme, mais regroupent toutefois trois signes communs : une interaction sociale atypique, une communication modifiée et un spectre d’intérêt restreint. Les meltdowns, ou crises autistiques, sont également typiques. Il s’agit d’une surcharge de stimuli souvent impossible à contenir pour les personnes concernées. La manière d’aborder les autistes dépend de l’intensité de leurs symptômes. Car, à l’instar de la neurodivergence, l’autisme est un spectre.
Le terme d’hypersensibilité a été établi par la psychologue Elaine Aron. Il décrit des personnes qui perçoivent et traitent de manière particulièrement intensive les stimuli, tels que les sons, les odeurs, les humeurs ou les informations. L’hypersensibilité est-elle une forme de neurodivergence ? Bien que l’hypersensibilité soit souvent évoquée en relation avec la neurodivergence, contrairement au TDAH ou à l’autisme, il ne s’agit toutefois pas d’un diagnostic médicalement reconnu. Elle est plutôt considérée comme un trait de personnalité.
Le haut potentiel aussi est souvent associé à la neurodivergence. Les personnes à haut potentiel pensent souvent très vite, identifient rapidement les corrélations et se penchent intensément sur les thèmes qui les intéressent. On considère généralement qu’une personne est à haut potentiel si elle présente un QI d’au moins 130, ce qui concerne environ 2 % de la population. De nombreuses personnes concernées ne correspondent pas au cliché de l’« enfant prodige ». Certaines ne se rendent compte que tardivement qu’elles pensent différemment, qu’elles s’ennuient vite ou qu’elles se sentent parfois incomprises. En l’absence d’accompagnement adapté, cette situation peut entraîner de la frustration, un manque de stimulation ou un repli sur soi.
La dyscalculie fait également partie de la neurodivergence. Il s’agit d’un trouble de l’arithmétique dans lequel la capacité de calcul des personnes concernées est inférieure à la moyenne habituelle pour leur âge. Leur mémoire de travail visuelle et spatiale peut également être altérée.
La dyslexie aussi est une neurodivergence. Il s’agit d’un trouble de la lecture et de l’orthographe qui n’est pas dû à un retard intellectuel, mais à des facteurs notamment neurologiques qui perturbent la formation du centre de la parole. Les personnes concernées lisent lentement et de manière hésitante. De plus, elles ont des difficultés à reconnaître les suites de lettres et les mots, et comprennent de façon limitée ce qu’elles lisent.
Les personnes atteintes de dyspraxie ont du mal à se mouvoir fluidement. Leur cerveau planifie une action, mais leur corps a du mal à la réaliser. En cas de dyspraxie motrice, les personnes concernées sont capables d’imaginer un mouvement, mais ne parviennent pas à l’exécuter. Les personnes atteintes de dyspraxie ont du mal à se mouvoir fluidement. Leur cerveau planifie une action, mais leur corps a du mal à la réaliser. En cas de dyspraxie motrice, les personnes concernées savent quel mouvement elles souhaitent faire, mais leur corps a du mal à passer à exécution. En cas de dyspraxie idéatoire, il est difficile de mettre dans le bon ordre les différentes étapes d’une action.
Dans le cas du syndrome de la Tourette, qui fait également partie des neurodivergences, le système nerveux central envoie des signaux incontrôlés. Il en résulte des tics : des mouvements ou des sons soudains et répétitifs. Les personnes concernées souffrent de ces tics et ne parviennent pas à les contrôler.
Il n’existe pas de diagnostic général de neurodivergence ni de liste exhaustive généralement reconnue ou complète des formes de neurodivergence. Selon la source, d’autres formes ou diagnostics sont ajoutés. Les spécialistes constatent plutôt des maladies et des troubles concrets, tels que le TDAH, l’autisme, le syndrome de la Tourette ou la dyscalculie. Comme le spectre de la neurodivergence englobe de nombreux tableaux cliniques et symptômes, le diagnostic est aussi toujours différent. En outre, il existe également des divergences qui n’ont aucune valeur sur le plan diagnostic, comme le haut potentiel.
Ces caractéristiques vous font penser que vous êtes neurodivergente ou neurodivergent ? Le mieux est d’en parler à votre médecin de famille. Il se peut que vous souffriez d’une maladie psychique ou d’un trouble qui nécessite un traitement. Dans ce cas, votre médecin vous orientera vers une ou un spécialiste qui effectuera des tests spécifiques correspondant au diagnostic présumé.
Aller plus loin dans le diagnostic est surtout important si vous ressentez une souffrance ou développez des comorbidités, telles qu’une dépression, des obsessions ou de l’anxiété.
La frontière entre neurotypique et neurodivergent n’est pas toujours nette. Toutefois, dire que « nous sommes tous un peu neurodivergents » est controversé sur le plan scientifique. De nombreux spécialistes et personnes concernées critiquent cette phrase parce qu’elle tend à minimiser les défis parfois considérables auxquels sont confrontées les personnes atteintes de TDAH ou autistes. Il serait donc plus pertinent de dire : On retrouve chez tout le monde de nombreuses caractéristiques associées à la neurodivergence à des degrés divers. La neurodivergence elle-même désigne toutefois un type de développement cérébral ou de traitement de l’information qui s’écarte nettement de la norme établie.
Penser autrement fait partie de la diversité humaine. Les personnes neurodivergentes peuvent enrichir leur entourage avec de nouvelles perspectives et des solutions qui sortent du cadre habituel. En même temps, elles méritent d’être soutenues lorsque le quotidien les met à l’épreuve. Si vous remarquez des signes de neurodivergence qui vous posent difficulté, le mieux est d’en parler à une ou un médecin. C’est généralement une première étape salutaire.
Cette experte a conseillé l’équipe de rédaction pour la publication de cet article. Monika Fäh Rüegg est infirmière ES en psychiatrie, coach en psychologie systémique et a suivi une formation en conseil centré sur le sens selon Viktor Frankl. Cette experte travaille au Case Management chez Helsana.
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