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Témoignages de personnes atteintes de maladies psychiques

Les troubles psychiques comptent parmi les maladies les plus répandues au pays. En effet, près de 17% de la population suisse souffre d’un ou de plusieurs problèmes psychiques, selon l’Observatoire suisse de la santé. Quatre personnes touchées racontent comment elles composent avec la maladie et ce qui les aide à guérir. Elles espèrent ainsi inspirer du courage à d’autres.

Conny Grossenbacher (52), profession: patronne de restaurant, diagnostic: crises de panique

«J’ai commencé à avoir mes premières crises de panique il y a quinze ans, d’un seul coup: détresse respiratoire, impression d’étroitesse, palpitations, fortes sueurs. Or l’ECG pris en situation d’urgence indiquait un résultat normal. Puis, ce fut le même diagnostic lors de la deuxième crise. Tout allait bien, sur le plan physique du moins. Pourtant, les crises se répétaient, quotidiennement. En dehors du travail, je me suis mise à m’isoler de plus en plus. Une connaissance m’a alors recommandé de m’inscrire au Centre de traitement de l’anxiété et de la dépression à Zurich. Ça a été un véritable choc de découvrir que je souffrais d’une maladie psychique. Je croyais pourtant avoir les deux pieds sur terre. Par chance, j’ai pu commencer une thérapie immédiatement. Les médicaments et les séances m’ont soulagée. J’ai appris à composer avec les crises et, surtout, à quel point il importe de s’offrir du repos: moto, lecture, musique. Il est difficile de déterminer avec précision les causes de ces crises, mais le stress a peut-être joué un rôle. Aujourd’hui, si je sens poindre une crise, je respire profondément, car je sais que je ne vais pas mourir.»

(seulement en allemand)



Hans Schmied (56), profession: ancien hôtelier, diagnostic: syndrome de stress post-traumatique

«Avant mon accident en 2003, j’étais hôtelier. J’avais des idées bien arrêtées et j’étais engagé politiquement. J’étais un fonceur. Après l’accident survenu dans un tunnel (deux semi-remorques ont percuté ma voiture et j’ai frôlé la mort), tout a basculé: mon existence n’était que cauchemars, anxiété, tremblements, palpitations, perte de libido, impuissance et douleurs physiques. J’ai dû vendre l’hôtel, j’avais perdu toute envie de vivre. J’ai même dû me rendre onze fois à la clinique en raison d’un état dépressif accompagné de pensées suicidaires. Mais aujourd’hui, je me sens de nouveau stable. La thérapie de récupération, qui mise sur nos propres forces, m’a beaucoup aidé. La thérapie m’a motivé à tel point que le fonceur en moi a refait surface. En ce moment, je suis une formation continue qui me permet d’aider d’autres personnes aux prises avec une maladie psychique à retrouver le chemin de la guérison. Et pour refaire le plein d’énergie, j’aime bien aller à la pêche. Peu importe si ça mord ou non, être dans la nature me fait du bien, tout simplement.»

(seulement en allemand)



Silvie Hofmann (38), profession: employée de banque, diagnostic: maladies obsessionnelles accompagnées de dépression

«Aujourd’hui, je chante dans un chœur de gospel, je lis, je cuisine, et je vais même aux Open Airs. À présent, je fais tout ce qui me fait plaisir, mais cela n’a pas toujours été le cas. Autrefois, mes obsessions avaient pris le contrôle de ma vie, à tel point que le terme ‹temps libre› n’en faisait pas partie. Je souffre de différentes obsessions depuis de nombreuses années, dont celle du nettoyage. Je me suis souvent douchée jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’eau chaude. J’ai suivi une thérapie ambulatoire du comportement. On m’a confrontée à tout ce qui déclenchait en moi la peur des salissures et qui engendrait des actes compulsifs. Comme les crottes de chien. En effet, j’ai appris que je ne me salissais pas moi-même si je devais ramasser les crottes de chien avec un petit sac. Outre la thérapie, mon sens de l’humour et mon ouverture face à un thème qui suscite la honte m’ont été utiles. Aujourd’hui, je vais bien. Je compose avec la maladie. Je retire une fierté d’avoir accompli ce bout de chemin.»

(seulement en allemand)



Jürg B. (31), profession: aide-soignant, diagnostic: toxicomanie

«En juin, j’ai passé quatre semaines en cure de désintoxication. C’était ma première et, je l’espère, ma dernière. Durant la thérapie, j’ai redécouvert la peinture. À l’exception de ma femme, personne ne connaissait ma dépendance, qui avait commencé lorsque j’avais 20 ans. Comme tant d’autres toxicomanes, j’avais un travail et je fonctionnais parfaitement en société. Jusqu’à ce que je perde mon emploi. Je me suis alors mis à voler des médicaments pour ma propre consommation. Ce fut une grande étape que de rendre publique ma dépendance. Ce fut tout aussi difficile d’aller chercher de l’aide. Les gens me témoignent beaucoup de compréhension et cela me donne de la force.»

Zeichnung Jürg B.

Jürg B. a peint ces images durant sa thérapie en clinique de désintoxication.

*Nom d’emprunt