Lorsque l’intestin agit sur le psychisme

Le cerveau influence notre psychisme, c’est bien connu. Mais le fait que l’intestin joue aussi un rôle prépondérant – plus que nous ne l’avons longtemps supposé – a quelque chose de révolutionnaire.

13.03.2020

Christian Benz

Nous pouvons facilement imaginer le sentiment de joie et de satisfaction que les neurologues et les gastro-entérologues ont éprouvé lorsqu’ils sont parvenus à démontrer, il y a quelques années, que l’intestin et le cerveau étaient étroitement liés. Et ce, bien plus qu’ils ne l’avaient longtemps supposé. Les interactions entre les deux organes et les raisons de cette complicité n’ont pas encore été déterminées avec précision. Ce qui est clair, cependant, c’est qu’avec ce résultat, les chercheurs ont posé un jalon important pour l’avenir.

Le cerveau n’agit pas seul.

L’identification de l’axe intestin-cerveau constitue une révolution. Pour la recherche en psychiatrie également, sachant que pendant longtemps, le principe de base voulait que tout soit contrôlé par le cerveau. Toutes les douleurs inexpliquées dans le corps humain étaient attribuées à une forme de conflit dans la tête. « L’intestin a longtemps été considéré à tort comme un humble serviteur de la digestion et un simple détecteur de conflits émotionnels », explique le psychiatre Gregor Hasler. Des études récentes permettent cependant de réfuter ce point de vue. Selon celles-ci, le flux d’informations de l’intestin vers le cerveau serait encore plus important que dans l’autre sens.

La flore intestinale avec ses innombrables bactéries et autres ouvriers

Pour mieux comprendre le lien entre les deux organes, il est utile de jeter un coup d’œil à l’intestin. Sa description est impressionnante, ne serait-ce que par son incroyable surface, comprise entre 300 et 500 mètres carrés environ, qui fait de l’intestin le plus grand organe de l’homme. Il est en effet plus grand qu’un terrain de basketball. Cela s’explique par la multitude de plis et de villosités dans la paroi intestinale. Ses habitants sont tout aussi impressionnants, en plus d’être fort utiles. « Il y a plus de bactéries, de virus et de champignons sur un seul centimètre carré qu’il n’y a d’habitants sur terre », ajoute Gregor Hasler. La flore intestinale se compose de la somme de tous ces habitants. Elle comprend également des éléments indésirables, qui émettent des substances toxiques, causant ainsi des diarrhées et autres maux d’estomac. La plupart des bactéries intestinales, cependant, sont des ouvriers assidus. Par leur travail acharné, ils renforcent notre système immunitaire et protègent notre corps des maladies.

Interactions entre les bactéries intestinales

Dans la flore intestinale, le principe de coexistence prévaut. Certains éléments indésirables sont tolérés. S’ils deviennent incontrôlables, les troubles susceptibles d’affecter le système immunitaire commencent. Mais nous ressentons aussi cet effet lorsque nos bonnes bactéries commencent à flancher. Par exemple, après un repas riche et copieux, nous nous sentons fatigués et avons peine à nous concentrer. L’information provenant des bactéries qui fonctionnent au ralenti circule alors de l’intestin au cerveau. Les deux organes communiquent de manière étroite, principalement par l’intermédiaire des nerfs, des hormones et des substances inflammatoires appelées cytokines. La recherche parle d’un axe intestin-cerveau.

L’intestin, premier producteur de sérotonine

Les hormones jouent un rôle important dans l’axe intestin-cerveau, surtout en ce qui concerne notre état psychique. De nouvelles études ont démontré que nous devions 95% de la sérotonine, l’hormone du bonheur, non pas à notre cerveau, mais à notre intestin. Si la production de la sérotonine est perturbée, il en résulte des troubles du sommeil, de l’anxiété, voire des états dépressifs. Plus la flore intestinale est déséquilibrée, plus le bien-être psychologique peut être affecté. Notre comportement alimentaire pourrait donc jouer un rôle important sur notre psychisme. Selon Gregor Hasler, une première étude aurait prouvé qu’un régime méditerranéen pouvait avoir un effet antidépresseur, notamment chez les personnes qui se nourrissent de « fastfood ».

Dépression : la question du déclencheur

« L’influence du psychisme est indiscutable », souligne le psychiatre. Il faut toutefois poursuivre les recherches afin de déterminer l’ampleur réelle de cette influence. L’un des plus grands défis est la question de savoir ce qui est venu en premier. Par exemple dans le cas de la dépression, il y a lieu de se demander quel était le déclencheur : un déséquilibre de la flore intestinale ou la dépression elle-même, qui a eu un effet négatif sur l’intestin ?

De l’espoir pour le traitement du TDAH, de l’autisme et de la démence

Les chercheurs en psychiatrie débattent également de l’importance de l’axe intestin-cerveau pour d’autres thérapies. Outre le traitement de la dépression, certains entrevoient un grand potentiel dans le traitement de maladies telles que l’autisme, le trouble du déficit de l’attention (TDAH) ou la démence. Gregor Hasler estime que la recherche dans ce domaine a fait des progrès considérables ces dernières années. Il s’attend donc à ce qu’une autre découverte majeure soit annoncée très prochainement.

Un avenir passionnant

« L’intestin est un sujet qui m’intéresse depuis l’adolescence », confie Gregor Hasler. Dans son ouvrage « Die Darm-Hirn-Connection » [Le lien intestin-cerveau], publié en 2019, le psychiatre raconte quelques souvenirs à ce sujet, ayant lui-même souffert de troubles intestinaux. Tous ses états d’âme, qu’ils soient de nature mélancolique ou romantique, étaient alors accompagnés de crampes, de flatulences et d’autres maux d’estomac. Ses problèmes ont disparu avec le temps. Notamment parce qu’il a fait de son problème de santé une vocation. Gregor Hasler est aujourd’hui professeur de psychiatrie à l’Université de Fribourg. Il est particulièrement optimiste lorsqu’il s’agit de son domaine de recherche : « Nous pouvons nous attendre à une période passionnante où l’intestin et le cerveau seront plus proches que jamais. »

Conseil de lecture

Lisez l’ouvrage du psychiatre Gregor Hasler pour en savoir plus sur le lien entre l’intestin et le cerveau (en allemand uniquement).

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