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«Il est important de communiquer clairement»

Helsana propose aux employeurs des formations pour apprendre à accompagner les collaborateurs atteints de troubles psychiques. La psychologue Sybille Imbach du service de Gestion de la santé d’Helsana explique pourquoi c’est important.

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Sybille Imbach, Spécialiste Gestion de la santé Helsana, Prévention et promotion de la santé pour la clientèle entreprises

Madame Imbach, pourquoi Helsana propose-t-elle aux employeurs une formation sur le thème de la santé psychique?

Sybille Imbach: Nous savons que dans le cas des maladies psychiques, la détection précoce est très importante. Plus on attend avant d’entamer un traitement, plus le risque d’évolution vers une maladie chronique est important. C’est pourquoi nous souhaitons que l’employeur détecte au plus tôt – si possible sur le lieu de travail – d’éventuelles perturbations chez un collaborateur. Il doit également être cohérent et fixer des limites. Cela peut avoir un effet positif pour le collaborateur: il est incité à lutter concrètement contre sa maladie. Cela permet de préserver ensemble le poste de travail.

Quel est l’intérêt de l’employeur?

L’intérêt de l’employeur est d’ordre économique – il en va de même pour Helsana, car les maladies psychiques nous reviennent très cher: c’est en effet le domaine qui coûte le plus cher en matière d’indemnités journalières, plus que les troubles de l’appareil moteur. Les maladies psychiques sont plus longues à guérir et le risque de rechute est plus important.

Si un collaborateur a des problèmes psychiques, cela ne relève-t-il pas de sa responsabilité personnelle? En quoi cela concerne-t-il l’employeur?

Les absences ne sont pas uniquement l’affaire du collaborateur. L’employeur a un devoir d’assistance et une responsabilité sociale: il doit veiller sur la santé de ses employés. En outre, un cadre représente l’intérêt économique de l’entreprise. Cela signifie qu’il doit également préserver la capacité de travail du personnel.

Comment le responsable peut-il savoir quand et comment intervenir?

Beaucoup de cadres sont dépassés par la situation lorsqu’ils doivent mener un entretien avec un collaborateur atteint de troubles psychiques. C’est précisément à ce niveau qu’intervient notre formation. Nous montrons notamment comment identifier les comportements inhabituels, par exemple, en cas de conflits fréquents. Il existe différents cas de figure: certains ont une réaction de repli sur soi devant les problèmes, d’autres se mettent en colère ou deviennent agressifs. Il existe également différents degrés, allant de la simple mauvaise humeur jusqu’à des maladies psychiques graves.

L’employeur doit-il désormais diagnostiquer ses collaborateurs?

Non. Le diagnostic n’est nullement l’affaire de l’employeur. Il devrait cependant essayer de chercher le dialogue lorsqu’il a un mauvais pressentiment. Cela peut commencer de façon informelle, par exemple en disant à son collaborateur qu’il s’inquiète pour lui. L’employeur peut également encourager son collaborateur à consulter en cas de problèmes plus graves.

Les collaborateurs atteints de troubles psychiques sont parfois hypersensibles – comment l’employeur peut-il trouver le ton juste?

Il faut communiquer clairement ses attentes tout en fixant des limites, et indiquer ce qui est acceptable pour l’entreprise et ce qui ne l’est pas. Les cadres sont souvent réticents à aborder le problème ouvertement. Dans ce cas, malheureusement, il ne se passe rien et la maladie peut s’aggraver. Les personnes concernées peuvent mettre beaucoup de temps avant de se décider à demander de l’aide. Elles le font généralement lorsque la souffrance devient insupportable. Un cadre peut accélérer ce processus en abordant le plus tôt possible les comportements inhabituels.

Y a-t-il aujourd’hui plus de malades psychiques qu’auparavant?

C’est difficile à dire. Aujourd’hui, il y a effectivement davantage de cas diagnostiqués, mais on ne sait pas vraiment à quoi c’est lié. L’approche du problème a indéniablement changé. Aujourd’hui, on a plus facilement recours à l’aide d’un professionnel, notamment parce que les malades ne sont plus stigmatisés comme avant et parce que nous sommes sensibilisés à ce problème. Cela augmente forcément le nombre des patients qui suivent une thérapie.

Interview: Daniela Diener